Quelques
uns parmi nous se souviennent peut-être du refrain d'une chanson
française, en vogue il y a quelques années :
"L'argent
ne fait pas le bonheur !"
"Celui
qui a dit cela est un menteur !"
Eh
bien, si la chanteuse en question, ou bien une femme dans son genre,
s'était trouvée par hasard dans la foule qui se pressait autour de
Jésus sur la montagne, il y a 2000 ans, si cette jeune femme avait
prêté attention à ces paroles que nous venons d'entendre,
"Heureux
les pauvres de cœur,
Heureux
les doux,
Heureux
ceux qui pleurent…",
elle
aurait eu besoin d'explications, non seulement à propos de
pareilles déclarations mais aussi concernant les promesses qui
suivaient : avoir en partage le Royaume des cieux, posséder la
Terre, être consolé, voir Dieu…
Pour
la foule venue écouter Jésus, une foule de gens pieux peut-être,
mais surtout des gens en détresse, des curieux, quelques scribes et
pharisiens, bref, du "tout venant"
et
pour les disciples récemment appelés au bord du lac de Galilée —
Pierre et André, Jacques et Jean — c'était pareil. Comment
comprendre cela ? Comment l'admettre et l'intégrer dans son
quotidien ?
Pour
nous aujourd'hui, après vingt siècles d'évangélisation, comment
recevoir ces paroles fortes, proclamées à l'instant dans notre
église Notre Dame d'Espérance ? Car ce n'est pas à des chartreux
qu'elles sont réservées, ni à des ermites. C'est à nous que ces
paroles sont dites, maintenant !
Au
fait, lorsque Jésus annonce ces "Béatitudes", de
qui
parle-t-il ?
Qui sont ces gens qui ont fait le bon choix au point d'accéder à la
joie imprenable ? Est-ce qu'il exagère un peu, à la manière
orientale, pour capter l'attention ? Est-ce qu'il fait de la
provocation pour faire réfléchir ?
Et
si la réponse à cette question était : Jésus ici, parle d'abord
de lui-même, il
parle en témoin. Il dit son expérience,
ses choix de vie ? Il parle également des prophètes qui l'ont
précédé : Isaïe, Jérémie, et même Jean-Baptiste qu'il vient à
peine de quitter et que le roi Hérode a fait assassiner.
Rappelons-nous
les tentations de Jésus au désert, rapportées par les Evangiles de
Marc et Mathieu, juste après le baptême par Jean ; comment Jésus
s'était refusé à séduire les foules par des choses
extraordinaires — changer des pierres en pains, — comment il
avait refusé de s'aplatir devant les puissants pour devenir un homme
d'influence, un évangélisateur à succès.
Ecrivant
son Evangile quelques dizaines d'années après la mort de Jésus,
Mathieu sait ce qu'ont été la vie de Jésus, son enseignement, ses
succès, ses échecs.
Oui,
la pauvreté en esprit, la pauvreté des moyens,
la
perte des évidences,
les
larmes parfois devant les résistances et les incompréhensions,
la
douceur malgré tout,
le
désir profond de s'ajuster à la volonté de Celui qu'il appelait
son Père, son "Abba" ;
le
combat spirituel de Jésus face aux ruses de l'adversaire, face à
la dérision, aux harcèlements de toutes sortes ;
et
finalement la persécution implacable, barbare, jusqu'au Golgotha.
Cela n'est-il pas annoncé dans ce texte des Béatitudes ?
Ce
"Sermon sur la Montagne" qui commence là, n'est pas une
Loi que Jésus, tel un nouveau Moïse, proclame sous la forme
d'ordres et d'interdits. Il est d'abord, pour ceux qui l'écoutent,
un appel et un encouragement à le suivre, à devenir disciple et
ami. Ce texte si sobre, d'une beauté solennelle, est comme un
choral d'ouverture. Viennent ensuite les chapitres 5 à 7 de
l'évangile, où Jésus annonce avec autorité une nouvelle manière
de devenir humain. "Il a été dit aux Anciens, répète Jésus
avec insistance, et
moi je vous dis"…
Ces
huit Béatitudes sont une annonce paradoxale puisque, pour finir les
plénières Béatitudes coïncident avec les persécutions. Voilà
bien une expérience sans cesse renouvelée au long de l'histoire du
christianisme et encore aujourd'hui. Une expérience que de nombreux
croyants, des saintes et des saints ont traversée. Ce paradoxe est
celui-la même qui se manifeste dans le Mystère pascal de Jésus.
Comme
les disciples de jadis et de toujours, comme nous aujourd'hui, c'est
à longueur de vie qu'il nous faut découvrir le sens de ces
promesses : ce Royaume de Dieu, cette Terre promise à ceux qui
entendent l'appel à vivre selon l'évangile.
Nous
ne sommes pas seuls dans cette entreprise. Pour certains d'entre
nous, l'exemple et l'aide viennent de nos familles, de nos amis, de
la communauté chrétienne, de notre communauté religieuse, de
l'Eglise. Une force spirituelle nous vient de "la Communion des
Saints", cette réalité que la liturgie nous invite à
célébrer en ce jour.
"Une
foule immense",
selon le texte de l'Apocalypse, celle des "enfants
de Dieu",
comme l'évoque la Première Lettre de St Jean.
Toutefois
ne réduisons pas cette "Communion des saints" au groupe
des chrétiens canonisés. Cette fête est celle des croyants qui
nous ont précédé, de ceux qui nous suivront. Elle est aussi la
fête des oubliés, des "sans grade", de ceux qui ont donné
un verre d'eau à qui avait soif, visité un être humain esseulé,
remis debout celui qui risquait de renoncer à porter son propre
fardeau et à marcher.
Dans
une de ses Lettres de prison, le pasteur luthérien Dietrich
Bonhoeffer rapporte qu'un jour un jeune collègue lui avait confié :
"Je
voudrais devenir un saint".
Et Dietrich Bonhoeffer lui avait répondu : "Moi,
je voudrais apprendre à croire".
Apprendre
à croire en Dieu, en soi-même et dans les autres, n'est-ce pas
l'œuvre de toute une vie ? Car il faut apprendre à croire pour
apprendre à aimer véritablement.
Croire et aimer à la manière de Jésus, selon le message profond de
cette fête de Tous les Saints.
Dans
cette eucharistie, mémorial du Mystère pascal de Jésus et action
de grâce pour sa vie donnée pour le salut de notre Monde,
puissions-nous connaître, les uns et les autres, le désir et
l'avant-goût de la joie qui nous est promise dans ces "Béatitudes"
!
1er
novembre 2012
Sr
Thérèse Renoirte
ps: Images Toussaint 2012 http://www.youtube.com/watch?v=vy0BCY7Dtbc https://picasaweb.google.com/110075015355556431360/121101NDEspFinOctEtToussaint
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