Louvain-la-Neuve, 25-12-2012
à
partir de l'évangile de Luc 2, 1-21
Quel
contraste !
D'un
côté, les grands décideurs de ce monde et leurs décrets qui font
grand tapage .
De
l'autre, la discrétion de l'Evénement qui va changer l'avenir de
l'humanité !
De
ses palais de Rome, l'empereur Tibère Auguste ordonne de recenser
ses millions de sujets : il en percevra les impôts, y recrutera
ses armées, y étendra sa puissance...
A
Quirinius, le gouverneur de Syrie-Palestine, d'y organiser
l'opération : chacun ira s'inscrire dans la ville d'où il
tient son origine ; des foules considérables sont jetées sur
les routes; Joseph, de la lignée de David, devra s'inscrire à
Bethléem, berceau de son clan.
Là,
c'est la cohue ! Le caravansérail retentit du tumulte des bêtes
et des hommes ; il affiche 'complet !' : plus de place
pour ce jeune couple obscur, qui de surcroît attend manifestement
une naissance. Premier rejet de Jésus.
Découragés,
Joseph et Marie vont trouver refuge dans une grotte-étable (il n'en
manque heureusement pas dans les environs) : un lieu misérable
dans la puissante odeur des bêtes, mais discret pour l'accouchement
qui presse. Rien du joli de nos crèches !
C'est
là, dans l'ignorance des grands de ce monde et l'indifférence
générale, à l'écart de l'agitation bruyante des foules, que dans
le silence de la nuit, se joue l'Evénement le plus immense de notre
histoire !
Or
quelle sobriété dans l'évangile pour le dire !: « Marie
mit au monde son fils, elle le langea et le coucha dans une
mangeoire ». C'est tout ! Pas un mot de Marie ou de
Joseph !
Seul,
le Silence pour accueillir l'inouï : l'Unique en Dieu, le
'Bien-aimé du Père', là : ce tout petit nouveau-né, si
fragile, comme chacun, chacune de nous à sa naissance ! La
Parole qui dit tout de Dieu et de son Projet, ne peut rien dire !
L'Amour à l'état pur fait chair de notre chair, remis sans
défense entre nos mains !
'Notre
grand Dieu et Sauveur' , comme l'écrit Paul à Tite, le Tout
Autre devenu si proche, entré dans notre pesante histoire :
tellement l'un de nous que beaucoup ne Le reconnaîtront pas !
Silence
étonné de l'adoration : sans tout comprendre encore, « Marie
garde tout dans la mémoire du coeur. »
Les
seuls à approcher le mystère de cette humble Présence de Dieu,
quelques bergers !
Des
pauvres eux aussi, exclus même du culte du Temple en raison de leur
métier, mais dont les longues veilles ont affiné le regard
intérieur, l'écoute du silence de Dieu.
Eux
ont saisi le message d'en haut : « Je vous annonce
une grande joie pour tout le peuple : aujourd'hui, dans la cité
de David, est né pour vous un Sauveur :
c'est le Messie (tant attendu), le Seigneur ». Et voilà le
signe pour le reconnaître : un nouveau-né, emmailloté et
couché dans une mangeoire ! »
Le
paradoxe ne les arrête pas : « en hâte ,
ils se mettent en route ».
Le
'Messie-Seigneur' c'est pour eux un nouveau David qui va manifester
la puissance de Yahvé, libérer Israël, établir enfin la justice.
Et ils découvrent çà !: des parents aussi démunis qu'eux et
un bébé sur la paille !
Le
Messie serait donc à leur hauteur de bergers ?
Et
ils le reconnaissent ( on ne voit bien qu'avec le coeur): ce
petit sera le Berger des petits, des laissés pour compte.
Alors,
eux ne peuvent pas se taire : premiers porteurs d'évangile, ils
racontent la bonne nouvelle et clament la Grandeur de Dieu. Le ciel
tout entier- et nous avec- nous pouvons nous joindre à
eux : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur
la terre Paix aux hommes que Dieu aime ! »
Mais
il vaut la peine de s'interroger : pourquoi cette préférence
de Dieu pour l'incognito, l'extrême discrétion ? Pourquoi ce
chois d'entrer dans notre humanité sur la paille de nos pauvretés ?
S.Jean
nous en confie le secret : Dieu est Amour (I Jean 4,8
et 16) en lui-même, Don de soi, pure Générosité de l'Amour !
Or, l'amour authentique ne s'impose pas de l'extérieur...comme à de
grandes foules de meeting ; il se propose...humblement, à
chacun, à chacune.
Et
Jean poursuit : « Dieu a tant aimé le monde
qu'il a donné son Fils, l'Unique...pour que par lui, Jésus,
le monde soit sauvé ; pour que tout qui l'accueille dans la foi
(cette confiance du coeur) reçoive la Vie, la Vie en
plénitude »,(Jean 3,16
et 15) devienne en quelque sorte de sa famille de
coeur et de sang.
En
nous donnant son 'Bien-aimé', Dieu ne veut pas nous sauver du haut
de sa puissance et comme de l'extérieur, mais de tout près et de
l'intérieur de notre condition humaine blessée par le Mal et la
mort, et par la seule force de l'amour offert à notre accueil
personnel.
Et
en Jésus, Dieu lui-même s'engage dans cette humanité encore si
inhumaine, au plein risque de l'amour... et de nos refus !
Dès
Bethléem, il se rend loyalement solidaire des petits et des
pécheurs ; à hauteur de vos enfants, de vos petits enfants,
aussi des mal-aimés, ... des réfugiés de Syrie et du Nord Kivu.
Bien
sûr que l'image de Dieu que révèle Jésus ne va pas plaire aux
puissants : celui qui naît sur le bois d'une mangeoire...mourra
sur le bois de la croix ! mais tant dans ce tout-petit de
Bethléem qu'en ce jeune crucifié du Golgotha, nous pouvons
reconnaître le vrai Visage de Dieu, de l'Amour qui se donne.
Saurons-nous
le reconnaître si Grand en Amour et si petit pour nous ? Le
choisir, nous aussi comme Marie dans le silence, le coeur à coeur de
notre'oui' ?
Saurons-nous
le reconnaître tantôt dans l'incognito de l'Eucharistie ? Et
dans nos rencontres de ces jours-ci ?
Enfin,
saurons-nous, comme les bergers devenir messagers de la seule toute
bonne nouvelle ?
« Si
tu savais le Don de Dieu ? »(Jean 4,10)
Raymond
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